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Retour sur le délit d'offense à chef d'Etat

Communiqué du 18.10.2000





A travers cette affaire, c'est Survie et son éditeur que l'on veut abattre, et pas seulement leurs représentants comme le procès contre François-Xavier Verschave et Laurent Beccaria pourrait le laisser croire : en cas de condamnation pour délit d'offense, ils ne se relèveraient pas de l'amende (300 000 FF à payer par Chef d'Etat, sans compter la prison). Survie est une association qui milite pour une rénovation du dispositif de coopération, un assainissement des relations franco-africaines et une opposition à la banalisation des crimes contre l'humanité. Elle commence à déranger, puisque des gens ont envie d'en finir avec elle. En même temps, elle n'est pas assez connue pour que les dictateurs craignent la médiatisation du procès et le ridicule d'un procès pour "offense à Chef d'Etat" porté sur la place publique : tout le problème est là, c'est le bon moment pour eux. La maison d'édition attaquée n'a qu'un an d'existence... D'où la nécessité de rendre le débat public, afin de ridiculiser ces dictateurs qui veulent étouffer la démocratie, afin de faire connaître tout le travail de cette association qui nous permet d'avoir envie de rester français.

On devient vite sérieux sur ces sujets, mais on est dans une situation très grave. L'attitude de la France en Afrique, au Rwanda notamment, nous arrache des larmes d'émotion et de colère. Outre ses erreurs gravissimes avant ce drame, qui la rendent complice du génocide (la France est le seul pays à avoir reconnu le gouvernement qui a organisé le génocide, gouvernement qui s'est formé à l'Ambassade de France !), elle a eu une attitude proche du délire criminel pendant ce drame (continuant à fournir des armes au gouvernement et protégeant le repli des milices génocidaires vers le Zaïre, devant l'avancée de la guérilla)... Et elle joue l'innocente aux mains blanches devant un monde méchant qui ne l'écoute pas parler des Droits de l'Homme !

Les historiens et les décennies à venir risquent d'être, envers la société française et ses responsables, d'une sévérité supérieure à celle de Survie. L'autisme de la société française sera alors un sujet d'interrogation : comment a-t-on pu en arriver à une telle dérive dans la politique africaine de la France, et comment les Français ont-ils pu ne pas réagir ? L'interrogation sera peut-être du même ordre que celle que nous avons aujourd'hui sur l'attitude de la France de l'entre-deux-guerres, devant la montée des périls, sa volonté d'ignorer les dangers et de préserver sa croyance dans une paix durable...

Tout le monde veut croire encore à la France blanche et sans taches, car cela fait partie du fondement du contrat social. "La raison d'être de la République, nous dit-on, c'est les Droits de l'Homme, etc. Universels, intemporels. La preuve, 200 ans après la Révolution française, c'est toujours vers la Bastille que se tournaient les étudiants chinois de Tien an Men. Vous avez de la chance d'être Français, ça fait 200 ans que votre élite politique a inventé cette idée et en a déposé le brevet, sans limitation de durée. Alors ne venez pas vous plaindre, bande d'enfants gâtés."

Les Droits de l'Homme et machinchouette, on en mange du berceau au tombeau : on finit par y croire, même si on sait qu'un préfet, par-ci par-là, a tapé un peu trop fort dans la foule des Algériens qui manifestaient à Paris en 1961. Coup de chance, ce monsieur était un ancien collaborateur : rien à voir avec la France officielle, on a affaire à un renégat. Idem pour Vichy : "Nul et non avenu".

Tout le monde doit croire à ce mythe de la France sans peur et sans reproches. Cela fait partie du contrat social, et remettre un mythe en cause n'est jamais bienvenu. Essayez de dire aux Américains que leur système n'est pas cette défense idéale de la liberté qu'on leur présente...

Il n'est pas facile de regarder la vérité en face, de constater que l'on a été floué ou manipulé, qu'on a cru à un discours tenu par des personnes qui s'en servaient pour faire l'exact opposé. Mais dénoncer l'attitude de la France, ou plutôt de ses responsables, ce n'est pas renoncer aux Droits de l'Homme ou à ce discours. Au contraire ! C'est refuser l'opposition flagrante entre le discours et les faits, la schizophrénie délirante des Jean-Christophe Mitterrand (fils de François), des Charles Pasqua, Michel Roussin et autres grandes crapules.

Pourquoi avoir peur des comparaisons ? On est dans une situation similaire à celle de l'affaire Dreyfus. Pierre Brana, député de Gironde et rapporteur de la Mission parlementaire sur l'attitude de la France au Rwanda, disait qu'il avait découvert avec effroi que nombre de ses pairs préféraient la défense de la réputation de la France à la recherche de la vérité. Nous avons d'un côté la défense de l'honneur du pays, au risque du mutisme et de l'injustice, de l'autre côté la défense de la verité - "au nom d'une certaine idée de la France" pourrait-on dire sans ironie. Alors oui, refusons la confiscation de l'honneur et de l'amour de la France par des scélérats qui nous jouent leur comédie. Agissons avant qu'il ne soit trop tard. Soutenons Survie.

L'association Survie (et sa motion de soutien) :
http://www.globenet.org/survie
Le livre incrimé (très recommandé) :
http://www.globenet.org/survie/extraits/Franc2.htm

Philippe et Jean-Baptiste pour Autonomie




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Dernière mise à jour : 10.07.2002
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