Au pays des aveugles
les borgnes sont rois
Message du 29.04.2002
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Voici quelques petits faits intéressants.
Allemagne, novembre 1923 - décembre 1924. Pour la première fois, après un putsch complètement raté à Munich, le parti national-socialiste apparaît aux élections législatives. Grâce à un procès qui permet à Hitler de médiatiser ses « idées », son parti fait à peu près 6 %. Personne ne prend ces gens-là au sérieux. Hitler est en prison. Il écrit Mein Kampf.
Allemagne, 1925 - 1929. Hitler change de stratégie. Il se prépare à conquérir le pouvoir sans coup de force, démocratiquement. Le parti national-socialiste est complètement oublié des Allemands, plus soucieux de leur prospérité retrouvée que de politique.
Allemagne, septembre 1930. Aux élections législatives, le socialiste Streseman est renversé par une majorité conservatrice, conduite par Hindenburg. La société souffre du chômage, de la précarité et de l’insécurité. Les nazis approchent les 20 % mais personne ne s’en inquiète vraiment. Les conservateurs s'appuient sur le report des voix...
Allemagne, avril 1932. Aux élections présidentielles, c'est la grande surprise : Hitler arrive au second tour des élections alors que tout le monde s'accordait à dire que l'Allemagne allait passer à gauche (on attendait une percée des communistes, de cette extrême-gauche qui dénonce et condamne les socialistes). Les socialistes allemands appellent à voter conservateur pour faire barrage à l’extrême-droite. Hindenburg bat Hitler à 60 % contre 40 %. L'Allemagne respire... mais s'habitue à cet orateur de talent.
Allemagne, novembre 1932 - janvier 1933. Les élections législatives marquent un léger recul du parti nazi mais, en janvier 1933, devant le soutien d’une partie du grand patronat, Hindenburg appelle Hitler à la chancellerie. Aux élections de novembre, l'abstention avait atteint les 34 %.
Allemagne, février-mars 1933. Les nazis incendient le Reichstag, et accusent les communistes. Aux élections législatives de mars, le parti national-socialiste obtient 44 % des voix. Hitler déchoit 81 députés communistes pour obtenir la majorité. Les pleins pouvoirs lui sont accordés pour quatre ans.
Allemagne, été 33 - été 34. Hitler dissout tous les partis politiques et tous les syndicats, il « épure » l’administration et crée une nouvelle milice et une police politique. Il épure même son propre parti au cours de la « nuit des longs couteaux ».
On connaît la suite. Les velléités « socialistes » des nazis ont été vite sacrifiées devant les « réalités » racistes et capitalistes…
Certes, l’histoire ne se répète pas, du moins jamais à l’identique. Le contexte n’est jamais exactement le même, et les acteurs changent toujours un peu. Mais M. Le Pen connaît bien l’histoire de l’Allemagne, bien mieux que beaucoup d’électeurs, de médias ou d’hommes politiques. Il en a tiré des leçons, et pas forcément celles qu’on aimerait. Pendant sa « traversée du désert », suite à la guerre d’Algérie, il a même édité des chants du IIIe Reich avec un ancien de la Waffen SS.
Malgré cela, M. Jospin peut dire : « La France est post-révolutionnaire. Elle n’est pas préfasciste. Evitons d’en faire trop dans l’antifascisme. » (Le Monde daté du 25 avril 2002). On aimerait avoir l’assurance de M. Jospin…
Une chose est certaine, pourtant : l’extrême droite n’a pas effectué de « percée foudroyante » au premier tour, comme les médias en accréditent complaisamment la thèse. Les voix de M. Le Pen, cumulées avec celles de M. Mégret en 2002, ne sont pas supérieures à celles de M. Le Pen, cumulées en 1995 avec celles de M. de Villiers, qui faisait campagne sur les mêmes thèmes. C’est l’abstention et la déroute du candidat Jospin qui ont donné ce sentiment de nette progression. Au contraire, à gauche, seuls MM. Hue et Jospin, c’est-à-dire ceux qui représentaient le mieux la « gauche » de gouvernement de ces dernières années, ont été durement sanctionnés. La gauche critique, elle – cette gauche qui est restée de gauche – n’a nullement subi de déroute, elle a même considérablement progressé, y compris en nombre de voix, et certaines de ces candidatures – y compris, et peut-être même surtout, la moins médiatisée – étaient très intéressantes.
Seule cette gauche peut quelque chose pour les électeurs de M. Le Pen, du moins pour un certain nombre d’entre eux. Elle seule est en mesure de leur apporter des réponses différentes, qui ne soient pas les tragiques sornettes du néolibéralisme et du racisme. La gauche « sociale-libérale », « sociale-démocrate » ou « libérale-libertaire », selon la façon dont on l’appelle, ne sait que composer avec ces idéologies ennemies, que les accommoder à l’opinion, et donc leur tendre des ponts : non seulement elle met toujours plus en œuvre leurs terribles « réponses », tout en prétendant les combattre, mais encore elle leur ouvre en grand les portes des médias.
Or, aujourd’hui, une recomposition de la gauche est enfin possible. Elle est depuis longtemps souhaitable. Puissions-nous profiter de l’occasion !
Le pire n’est jamais certain, surtout si l’on n’oublie pas que les élections ne sont pas l’alpha et l’oméga de la démocratie. Plus que jamais, la lutte à mener est contre le néolibéralisme, sur lequel prolifèrent tant de haines et de misères. Arrachons aux mensonges de nos ennemis leur part de vérité. Résistons. Repolitisons !
J.Baptiste
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Dernière mise à jour : 29.04.2002
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