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passent des choses
qui appartiennent au monde
des rêves, le
monde le plus hypocrite qui soit."
(Prologue de Val
Abraham.)
Introduction "Je ne suis pas Madame Bovary."
Cette déclaration d'Ema dans Val Abraham trahit la posture
singulière du film de Manoel de Oliveira, placé sous le double
signe de l'aveu de parenté et de la dissemblance revendiquée.
Faisant sienne la dénégation de son héroïne,
cette lointaine adaptation du roman de Flaubert évacue en effet
toute exigence de fidélité 1.
Le terme même d'adaptation paraît impropre pour désigner
ce film qui réinvente Madame Bovary : la matière romanesque
du livre est remise en jeu, remise en cause, pour donner naissance à
quelque chose de complètement neuf. Seule demeure apparemment l'histoire
d'une femme au même prénom qui se marie avec un médecin,
qui s'ennuie, prend des amants et meurt. Il s'agit donc moins ici d'adaptation
que de réécriture. C'est d'ailleurs à travers une
nouvelle forme que Val Abraham interroge le roman de Flaubert, et
fait réapparaître la richesse et la complexité d'un
livre que sa trop grande célébrité a étouffées.
On croit connaître Madame Bovary, on s'imagine très
bien Emma, et pourtant on s'étonne de mille choses à la relecture
du roman. Val Abraham restitue cette force dérangeante qui
parcourt le livre, à laquelle on n'est parfois plus sensible, pour
l'avoir trop vue peut-être, ou pour en avoir trop entendu parler.
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| On retrouve alors dans Val Abraham quelque chose d'essentiel au roman : une esthétique, un univers, et par delà l'histoire toute une réflexion sur l'écriture du bovarysme. Pour Flaubert, déjà, le roman n'était pas tant l'écriture d'une histoire que l'histoire d'une écriture. Pour Manoel de Oliveira, ce film est surtout l'occasion de recommencer l'expérience flaubertienne : observer ce qui reste aujourd'hui du bovarysme. Ce faisant, Val Abraham interroge l'héritage flaubertien : serait-ce rendre un grand hommage à Flaubert que de tenter une impossible fidélité à la lettre, ou même à l'improbable esprit du livre? C'est ainsi qu'il faut comprendre la mention explicite et répétée de Madame Bovary : bien loin d'être une coquetterie du film, un simple effet de citation, l'image du livre et les divers propos qui s'y réfèrent illustrent la nécessité de s'exprimer sur cet héritage. A sa façon, le film reflète ainsi le questionnement d'Ema, cherche comme elle à établir une filiation critique : Val Abraham exprimerait cette lutte entre la répétition d'un drame - la fatalité d'une condition, le drame d'Emma qui peut toujours se rejouer - et la possibilité d'une issue, le rêve d'une émancipation - réécrire sa vie. L'horizon flaubertien serait en quelque sorte la condition même d'une lecture dynamique du film. |