, Propos pour servir à la contre-révolution.

 

 J'en remets      
      une couche ?

Réponse à "La France moisie",
article signé Sollers, pour Le Monde.

Texte paru dans l'Ornitho




Encore ! Au détour d'un surf, voilà que je tombe sur un article de Sollers publié " pour Le Monde " le 28 janvier (ne cherchez pas, les archives sont payantes depuis fin mai…). En voilà un qui n'a pas froid aux yeux, qui pourfend régulièrement le racisme à la Une du Monde, comme si ses anathèmes pouvaient jamais convertir un frontiste. " La France moisie ", c'est son titre, donne le ton. Jamais il n'essayera de comprendre le racisme et ses méandres. Non, Sollers est du côté de la raison, et il s'en vante ; il s'en vante seulement, car il ne cherche pas à l'exercer, à la partager : il cherche à l'imposer. Voilà comment il commence : " La France moisie est de retour [vous apprécierez la référence à " la gauche est de retour ", l'ironie en moins]. Elle vient de loin, elle n'a rien compris ni rien appris, son obstination résiste à toutes les leçons de l'Histoire, elle est assise une fois pour toutes dans ses préjugés viscéraux. " Inutile d'aller plus loin : tout est à l'avenant. M. le professeur engueule les cancres, au fond de la classe… En bon antiraciste de base, Sollers cherche à humilier, à provoquer, usant sans talent d'une veine de polémiste que d'autres, en face, pour notre malheur, ont parfois bien mieux illustrée, de par le passé. On ne gagne pas sur ce terrain-là, on satisfait au mieux son ego, on enfonce le clou sans comprendre que le seul clou enfoncé est celui de l'incompréhension, de la haine réciproque.

Mais quand finiront-ils, ces malentendus ? Il est devenu facile de tirer sur Sollers, mais nous sommes tous tentés, un jour ou l'autre, de faire comme lui, de nous contenter de mots et de haine pour conjurer le racisme. Comme si nous pouvions à la fois condamner l'abjection et prendre la pose du militant vertueux ? Terrifiante naïveté : en agissant ainsi, en n'écoutant que notre émotion, nous ne faisons que générer repli sur soi et ressentiment. On ne peut pas tirer de bénéfices symboliques d'une véritable lutte antiraciste : le seul antiracisme qui vaille, le seul efficace ou presque, si notre objectif est bien de «toucher» l'électeur, est un antiracisme de dialogue, de proximité : c'est quand je discute avec le pizzaïolo d'en bas, quand je gagne sa confiance en écoutant ses déboires de commerçant et que je lui propose d'autres interprétations de ses malheurs. Bien sûr que ça fait drôle le jour où l'on comprend ce qui se cache derrière son ressentiment ! Bien sûr que j'ai failli ne plus retourner chez lui ce jour-là, et pourtant ç'aurait été la pire des conneries : valait-il mieux l'ignorer, que sa boîte coule définitivement et qu'il se complaise encore dans la persécution ? Ç'aurait été trop facile. Mieux vaut qu'il continue, et qu'il comprenne d'où viennent ses difficultés, qu'il puisse leur donner une autre cause que la concurrence des arabes… "qui font les pâtes trop fines".

Evidemment, le dialogue a ses limites. Je parle ici d'un raciste qui ne s'avoue pas, qui accuse à tord mais qui cherche encore à comprendre. Car bien sûr, il ne s'agit pas d'offrir une oreille pour que s'épanche la haine ouverte, débordante du premier venu ! Une chose pourtant est sûre : l'électeur de base du Front national se croit victime, se sent exclu. L'accuser de connerie n'arrange rien. Si le savoir, si la raison ne peuvent pas se partager, alors ils sont inutiles, ils ne valent rien. Il est trop facile d'accuser l'autre - toujours l'autre - d'irrationalité. Fustiger les "clichés" racistes comme le fait Sollers, ces "formules de rentier peureux se tenant au chaud d'un ressentiment borné", surtout pour les rapprocher de cette "bêtise française sans équivalent, laquelle, on le sait, fascinait Flaubert" me semble la plus plate des attaques, la plus stupide et la plus inefficace. Chantons, oui, "les poulaillers d'acajou" de Souchon, toute cette "basse-cour qui fait l'opinion". Accompagnons le racisme, pour lui tordre le coup en douce, pour le vider de son fiel. Et laissons Flaubert tranquille, surtout si c'est pour évoquer une bien hypothétique "bêtise française". Universelle connerie des donneurs de leçons !

 

Jean-Baptiste, le 08.07.1999


PS : Pourquoi ce long détour par Sollers ? Pourquoi, au lendemain des européennes, vous infliger cet agacement à mon tour ? Tout simplement parce qu'aujourd'hui, plus que jamais, je crois qu'il faut être prudent : les élections n'ont rien changé. La chute récente des partis frontistes ne doit pas faire illusion : nous n'avons pas assisté à la victoire des antiracistes, ou très peu, mais à l'oeuvre des racistes eux-mêmes. Laissons donc les électeurs de Le Pen tirer les conséquences de cette scission, ne leur forçons pas trop la main : rien n'est plus efficace que leur propre prise de conscience, à laquelle nous pouvons aider, mais modestement, discrètement. Nous exclamer trop fort, chercher à les humilier ouvertement serait un contresens : une fois que Megret aura rejoint Pasqua et consorts, ou quand ses lieutenants auront réintégré le Front National, celui-ci risque de réapparaître, et de prospérer de nouveau - sous une forme ou une autre. Il est donc temps d'être vigilant : ne leur redonnons pas la main. Empêchons que leur discours de «victimisation» ne fonctionne à plein. En un mot, profitons de cette crise pour transformer leur échec en notre victoire.


Vous pouvez retrouver ce texte dans les archives de L'Ornitho : http://www.ornitho.org/numero14/articles/sollers.html.

 
 

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Dernière mise à jour : 04.04.2000
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