|
J'en remets
Réponse à "La France moisie",
Encore ! Au détour d'un surf, voilà que je tombe sur un article de Sollers publié " pour Le Monde " le 28 janvier (ne cherchez pas, les archives sont payantes depuis fin mai…). En voilà un qui n'a pas froid aux yeux, qui pourfend régulièrement le racisme à la Une du Monde, comme si ses anathèmes pouvaient jamais convertir un frontiste.
" La France moisie ", c'est son titre, donne le ton. Jamais il n'essayera de comprendre le racisme et ses méandres. Non, Sollers est du côté de la raison, et il s'en vante ; il s'en vante seulement, car il ne cherche pas à l'exercer, à la partager : il cherche à l'imposer. Voilà comment il commence : " La France moisie est de retour [vous apprécierez la référence à " la gauche est de retour ",
l'ironie en moins]. Elle vient de loin, elle n'a rien compris ni rien appris, son obstination résiste à toutes les leçons de l'Histoire, elle est assise une fois pour toutes dans ses préjugés viscéraux. " Inutile d'aller plus loin : tout est à l'avenant. M. le professeur engueule les cancres, au fond de la classe… En bon antiraciste de base, Sollers cherche à humilier, à provoquer, usant sans talent d'une veine de polémiste que d'autres, en face, pour notre malheur, ont parfois bien mieux illustrée, de par le passé. On ne gagne pas sur ce terrain-là, on satisfait au mieux son ego, on enfonce le clou sans comprendre que le seul clou enfoncé est celui de l'incompréhension, de la haine réciproque.
Jean-Baptiste, le 08.07.1999
PS : Pourquoi ce long détour par Sollers ? Pourquoi, au lendemain des européennes, vous infliger cet agacement à mon tour ? Tout simplement parce qu'aujourd'hui, plus que jamais, je crois qu'il faut être prudent : les élections n'ont rien changé. La chute récente des partis frontistes ne doit pas faire illusion : nous n'avons pas assisté à la victoire des antiracistes, ou très peu, mais à l'oeuvre des racistes eux-mêmes. Laissons donc les électeurs de Le Pen tirer les conséquences de cette scission, ne leur forçons pas trop la main : rien n'est plus efficace que leur propre prise de conscience, à laquelle nous pouvons aider, mais modestement, discrètement. Nous exclamer trop fort, chercher à les humilier ouvertement serait un contresens : une fois que Megret aura rejoint Pasqua et consorts, ou quand ses lieutenants auront réintégré le Front National, celui-ci risque de réapparaître, et de prospérer de nouveau - sous une forme ou une autre. Il est donc temps d'être vigilant : ne leur redonnons pas la main. Empêchons que leur discours de «victimisation» ne fonctionne à plein. En un mot, profitons de cette crise pour transformer leur échec en notre victoire. Vous pouvez retrouver ce texte dans les archives de L'Ornitho : http://www.ornitho.org/numero14/articles/sollers.html.
[ Aller
au sommaire ]
[ Sommaire
développé ] Dernière mise à jour
: 04.04.2000
|