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Qu'est-ce que Lettres-d ? Un lieu parfaitement anormal et déviant où des professeurs de lettres disent ce qui leur passe par la tête. C'est l'envers du décor. Graffitis sur les murs d'un lupanar pompéien où des gens encore vivants nous parlent avant la grande pétrification. Doit-on craindre d'y offenser les religions ? Non. Faut-il être sérieux ? Dis ce que vouldras. Sérieux ou pas, ou ni l'un ni l'autre. (Etant entendu que les gens sérieux sont les plus dangereux...) Obscène, pouquoi pas. Irresponsable pourquoi non. Constructif ? Est-ce bien raisonnable ? La liberté n'est pas toujours constructive...Ni même positive. Lettres-d, c'est des peintures idiotes, dessus de porte, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, livres érotiques sans orthographe, roman de nos aïeules, contes de fées, refrains niais, petits livres de l'enfance...Vous me suivez ? Tant pis ! Et tant pis pour Arthur. Faut-il être cohérent ? Si l'on veut. Mais il ne faut pas s'obliger à trop de cohérence, qui rend fou. Remisons les camisoles... Lettres-d, c'est le refus des injonctions, d'où qu'elles viennent. Optimistes ? Laissons cela aux gentils boys-scouts de la pédagogie. Les optimistes fatiguent le Réel et l'Intelligence et finissent par tous nous débiliter...Optimisme de la volonté, peut-être, mais pessimisme de l'intelligence, c'est plus poétique , plus nerveux, plus fécond, et tellement moins commercial. Mais bienvenu quand même aux optimistes et aux constructifs ! Et que les mamamouchis de l'ombre qui traquent les fautes d'orthographe articulent quelquechose. Pas besoin de talent pour dire ce qui passe par la tête. Même si on voudrait bien du style...(par les temps qui courent, du piment dans la camomille, c'est bon !) Ou à défaut, un peu de génie. La seule chose qu'il y ait à construire, c'est un lieu improbable où la parole soit libre et imprudente. L'Education Nationale devient la Grande Muette. A la parole des acteurs, se substitue insidieusement un Discours univoque, une lourde chape institutionnelle, une nappe de béton irréfragable, chargée d'empêcher le Réel de remonter. Et avec le Réel, les petites réalités, les expériences subjectives, les moments vécus ou ressentis, les expériences singulières. En vérité, ce qui est singulier n'a pas droit de cité. La pensée originale ou impie dérange. Parler, ce ne serait qu'articuler la Loi ! Merde ! Saprelotte ! Crénom ! L'Ordre du monde n'a pas besoin de nous ! Ayez un peu le goût du néant, pardieu ! La littérature qu'on "enseigne", c'est quand même aussi l'âpre refus du consensus, de la langue de bois hygiénique, le vertige de l'insoumission, de l'excès, le refus de l'assignation à résidence ontologique. (eh ben, c'est du propre !) Lettres-d sera convulsive ou ne sera pas. Si certains préfèrent se névroser convenablement, intérioriser(avec dignité, certes) les douloureux interdits, ménager la chèvre et le chou, chiader la modération dans la sécurité, grand bien leur fasse : ils ont leur place dans la liste. Et les voyeurs aussi, qui ne pipent mots et sans qui les exhibitionnistes jouiraient moins bien(échange de bons procédés). Je délire ? Oui, un peu. Mais avouez que ça fait du bien. Les profs, c'est un peu comme les carabins : ils faut qu'ils décompressent. La situation qui leur est faite devient de plus en plus difficile, pour ne pas dire impossible et en plus de cela on parle à leur place, on leur confisque la parole (il n'y a pas pire violence!) sauf à réciter la vulgate. Alors Lettres-d, un lieu cathartique ? Je n'ai pas dit ça. Plutôt, un endroit grotesque et improbable où se disent souvent des choses puissamment véritables, injustes et solidement argumentées, des vérités éphémères et transitoires, des erreurs polyvalentes et fécondes, des informations prismatiques, de mauvais pastiches plein de sens, des prises de position intellectuellement malhonnête et pourtant sincères. Lettres-d, est un espace pariétal destiné à l'édification des anthropologues de demain qui dédaigneront les espaces officiels pour se laisser fasciner par cette abondance de VIE anarchique. C'est quand même mieux qu'une directive du ministère, si l'on veut imaginer des gens qui vivent. Lettres-d, c'est exactement tout ce qui a été mis jusqu'à présent dans lettres-d et bien d'autres choses encore. Autant dire le contraire d'une oeuvre, et il faudra bien vous y faire... Ami, n'entre pas sans DESIR. "Dès lors surgit la face cachée par le concept rassurant et émollient de sapiens. C'est un être d'une affectivité intense et instable qui sourit, rit, pleure, un être anxieux et angoissé, un être jouisseur, ivre, extatique, violent, aimant, un être envahi par l'imaginaire, un être qui sait la mort et ne peut y croire, un être qui secrète le mythe et la magie, un être possédé par les esprits et les dieux, un être qui se nourrit d'illusions et de chimères, un être subjectif dont les rapports avec le monde objectif sont toujours incertains, un être soumis à l'erreur, à l'errance, un être ubrique qui produit du désordre. Et comme nous appelons folie la conjonction de l'illusion, de la démesure, de l'instabilité, de l'incertitude entre réel et imaginaire, de la confusion entre subjectif et objectif, de l'erreur, du désordre, nous sommes contraints de voir qu'homo sapiens est homo demens.(...) L'intensité de l'intelligence ne va jamais sans l'intensité des émotions ressenties et exprimées, et même la raison et la vérité s'originent dans la démesure des passions et des affects. Il n'y a de sérénité de la raison que momentanée et précaire : les progrès de la complexité, de l'intelligence, de la communication entre individus, les progrès de la société se sont faits malgré, avec ou à cause du désordre, de l'erreur, du fantasme." E. Morin avec la collaboration de Massimi Pacifico. Du même auteur : Séquence et simagrées Docet omnia Sotie (sans issue) Pédagogie : définition Le pire poème des Fleurs du Mal Feu l'ironie Itinéraires de destruction de l'École ou le retour de Cro-Magnon Séquence et désarroi Une gorgée d'espoir pour 2002 Les textes de Massimi Pacifico : Proposition de séquence didactique : le presse-purée Quant c'est trop, c'est... Tropico Le naufrage de l’Évaluation Retour à la page d'accueil |