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Rappeler la société à la pureté de son idéal. "Pourquoi dans ce champ hautement différencié
qu'est le journalisme, traversé, comme l'Eglise ou l'école,
par des concurrences et des conflits entre des gens qui font des métiers
très différents ou qui font très différemment
le même métier, la ruse de la raison sociale, qui a mille
tours dans son sac, veut-elle que ce soit le prêtre ouvrier exemplaire
ou le curé de paroisse dévoué qui prenne les armes
pour défendre les cardinaux prévaricateurs ou les évêques
corrompus contre des adversaires qui sont en fait ses alliés et
qui, comme tous les hérétiques, ne font rien d'autre que
rappeler la profession à la pureté idéale des commencements
?"
"Porter à la conscience des
mécanismes qui rendent la vie douloureuse, voire invivable, ce n'est
pas les neutraliser ; porter au jour les contradictions, ce n'est pas les
résoudre. Mais, pour si sceptique que l'on puisse être sur
l'efficacité sociale du message sociologique, on ne peut tenir pour
nul l'effet qu'il peut exercer en permettant au moins à ceux qui
souffrent de découvrir la possibilité d'imputer leur souffrance
à des causes sociales et de se sentir ainsi disculpés. Ce
constat, malgré les apparences, n'a rien de
désespérant : ce que le monde social a fait, le monde
social peut, armé de ce
savoir, le défaire."
"La sociologie ne se contente pas d'un
constat que l'on juge d'autant plus volontiers déterministe, pessimiste,
voire démoralisateur, qu'il est plus profond et plus rigoureux.
Elle peut fournir les moyens réalistes de contrecarrer les tendances
immanentes de l'ordre social. Ceux qui crient au déterminisme devraient
se rappeler qu'il a fallu s'appuyer sur la connaissance de la loi de la
pesanteur pour construire des machines volantes qui permettent de défier
efficacement cette loi."
"La crise d'aujourd'hui [Ndlr : de décembre 95] est une chance historique, pour la France et sans doute aussi pour tous ceux, chaque jour plus nombreux, qui, en Europe et ailleurs dans le monde, refusent la nouvelle alternative : libéralisme ou barbarie. Cheminots, postiers, enseignants, employés des services publics, étudiants, et tant d'autres, activement ou passivement engagés dans le mouvement, ont posé, par leurs manifestations, par leurs déclarations, par les réflexions innombrables qu'ils ont déclenchées et que le couvercle médiatique s'efforce en vain d'étouffer, des problèmes tout à fait fondamentaux, trop importants pour être laissés à des technocrates aussi suffisants qu'insuffisants : comment restituer aux premiers intéressés, c'est-à-dire à chacun de nous, la définition éclairée et raisonnable de l'avenir des services publics, la santé, l'éducation, les transports, etc., en liaison notamment avec ceux qui, dans les autres pays d'Europe, sont exposés aux mêmes menaces ? Comment réinventer l'école de la Republique, en refusant la mise en place progressive, au niveau de l'enseignement supérieur, d'une éducation à deux vitesses, symbolisée par l'opposition entre les grandes ecoles et les facultés ? Et l'on peut poser la même question à propos de la santé ou des transports. Comment lutter contre la précarisation qui frappe tous les personnels des services publics et qui entraîne des formes de dépendance et de soumission particulièrement funestes dans les entreprises de diffusion culturelle (radio, télévision ou journalisme), par l'effet de censure qu'elles exercent, ou même dans l'enseignement ? Dans le travail de réinvention
des services publics, les intellectuels, écrivains, artistes, savants,
etc., ont un rôle déterminant à jouer. Ils peuvent
d'abord contribuer à briser le monopole de l'orthodoxie technocratique
sur les moyens de diffusion. Mais ils peuvent aussi s'engager, de
manière organisée et permanente, et pas seulement dans les
rencontres occasionnelles d'une conjoncture de crise, aux côtés
de ceux qui sont en mesure d'orienter efficacement l'avenir de la société,
associations et syndicats notamment, et travailler à élaborer
des analyses rigoureuses et des propositions inventives sur les grandes
questions que l'orthodoxie médiatico-politique interdit de poser
: je pense en particulier à la question de l'unification du champ
économique mondial et des effets économiques et sociaux de
la nouvelle division mondiale du travail, ou à la question des prétendues
lois d'airain des marchés financiers au nom desquelles sont sacrifiées
tant d'initiatives politiques, à la question des fonctions de l'éducation
et de la culture dans des économies où le capital informationnel
est devenu une des forces productives les plus déterminantes, etc.
discours aux cheminots
grévistes.
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