les communiqués d'Autonomie



Le silence des gens bien



Message du 10.07.2002




Mais oui, il y a encore des bonnes nouvelles ! Rappelez-vous : l’an passé, un tribunal français avait déclaré que l'article sur l’« offense à chefs d'Etat », dans la loi sur la liberté de la presse, était contradictoire avec la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme. Cette victoire en première instance d’un auteur et d’un petit éditeur aux prises avec trois dictateurs africains – mis en place et soutenus par la France – était déjà une heureuse surprise : ils s’en sortaient honorablement, malgré un article de loi très défavorable – mais totalement absurde. Evidemment, les plaignants et le ministère public avaient fait appel. Or le verdict du second procès vient de tomber. C’est maintenant certain : François-Xavier Verschave et Laurent Beccaria sont entièrement relaxés ; ils sont déclarés « non coupables » ! Seule ombre au tableau : les plaignants, déboutés, ne sont pas condamnés à verser la moindre indemnité. Mais quelle satisfaction ! Survie s'apprêtait à aller devant la Cour européenne de Justice pour avoir gain de cause. Elle n’en aura peut-être pas besoin. Rêvons un instant : et si, dans un avenir proche, aucun Ratsirak ne pouvait plus se prévaloir de « l’hospitalité française » ? Il dépend de nous que cela ne soit plus possible.

Rien à voir, ou presque, je profite de ce message pour vous conseiller une lecture roborative : il s’agit de PLPL, Pour lire pas lu, un bimestriel déjà fameux qui s’attaque avec bonheur aux « patrons qui plastronnent », à « la gauche qui capitule » et aux « médias qui mentent ». C’est dire l’ambition… Découvrez, si ce n’est déjà fait, et faites découvrir ce journal de critique des médias ! N’en restez pas à ses airs potache : on ne s’en lasse pas, et il dessille efficacement les yeux de ceux qui ne jurent que par LeMondélibé.

Enfin, pour continuer à faire de la publicité à des gens encore trop méconnus, j’aimerais vous proposer le dernier éditorial de Daniel Gluckstein, dans Informations ouvrières. Mais oui, le journal du Parti des travailleurs ! Voilà des propos qui font plaisir, eux aussi, et surtout qui nous changent de ce qu’on peut lire ailleurs. D’ailleurs, militer pour la reconnaissance de la lutte de classe sans tomber, disons, dans la dictature du prolétariat, ça me semble exactement ce dont on a besoin aujourd’hui. Bref, je ne vous suggère pas d’adhérer à ce parti – d’abord, ce n’est pas le rôle d’Autonomie, ensuite je le connais bien mal (mais assez pour affirmer que beaucoup de rumeurs inexactes courent à son sujet) – mais je recommande volontiers un abonnement à l’essai à leur hebdomadaire. Ces derniers mois où la « percée » et le « retour » de Le Pen faisaient la une de tous les journaux, celui-ci a su garder la tête froide et fournir parmi les meilleures analyses des élections françaises. L’éditorial ci-dessous, daté du 3 juillet 2002, donne d’ailleurs un aperçu des sujets abordés et des positions défendues.


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UNION SACRÉE : acte II ?

S’adressant au Parlement, le 2 juillet, Chirac a dessiné l’axe de la politique gouvernementale de toute la période à venir : « Le moment est venu de reprendre la longue marche, si souvent contrariée, vers la décentralisation. » A cet effet, il s’est prononcé en faveur d’« une réforme profonde du titre XII de la Constitution qui traite des rapports de l’Etat et des collectivités territoriales ». Il y a donc de la réforme constitutionnelle dans l’air. « Contrariée », en effet, par plus de trente années de résistance ouvrière et démocratique – depuis le « non » au référendum de 1969 jusqu’aux grèves et manifestations de 1995 pour la défense de l’unité de la Sécurité sociale et des régimes de retraite, et à la résistance des maires, aujourd’hui, contre la liquidation des communes –, la dislocation de la République (véritable contenu de la prétendue décentralisation) serait donc à l’ordre du jour ?

C’est bien ce que semble confirmer le président du Sénat, Christian Poncelet, qui, dans Le Monde (3 juillet), en appelle à une révision de la Constitution, afin d’établir une « République territoriale » dont les objectifs sont ainsi résumés : « introduire le principe de subsidiarité (…), reconnaître aux régions (…) un pouvoir réglementaire "encadré" d’adaptation de la réglementation nationale aux spécificités locales (…), consacrer le droit à l’expérimentation ». Les choses semblent devoir aller très vite, puisque, sur cette ligne, Poncelet annonce que, « en accord avec le président de la République et le Premier ministre », il va « installer très prochainement un petit groupe de travail sénatorial » destiné à préparer la révision constitutionnelle (1).

On comprend la précipitation avec laquelle le gouvernement Chirac-Raffarin, sans même attendre la moindre réforme de la Constitution, veut imposer l’éclatement de la Sécurité sociale, de la Caisse de prévoyance des cheminots, du statut des personnels ouvriers de l’Éducation nationale, etc. Le nouveau gouvernement ne sous-estime pas la signification de plus de 15 millions d’abstentionnistes aux dernières élections. Il lui faut tenter de passer en force et vite, avant que le rejet contenu dans l’abstention ouvrière et populaire ne se traduise sur le terrain de la lutte de classe. Et, pour cela, la priorité est de briser l’unité des institutions qui constituent la classe ouvrière et la démocratie comme telles : Code du travail, Sécurité sociale, retraite… d’une part ; unité et indivisibilité de la République et démocratie communale, d’autre part.

Que répond l’« opposition » parlementaire, à la proclamation du président de la République ? « C’est époustouflant, des paroles de gauche dans une bouche de droite (…). Ce sont des intentions générales qui veulent satisfaire tout le monde, maintenant, il faut attendre les actes » (Alain Bocquet, président du groupe PCF à l’Assemblée). « Il n’y a pas vraiment de surprises dans cette déclaration » (Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS). « Il n’y a rien dedans » (Noël Mamère, Verts).

Etonnant ? Pas vraiment. Les axes décrits par Chirac et Poncelet ne font qu’emprunter aux projets préparés par la « gauche plurielle » au gouvernement. Qu’il s’agisse, par exemple, du pouvoir d’expérimentation ou du droit de déroger à la réglementation nationale, au nom des spécificités locales, les formules sont directement tirées du projet sur la Corse… du gouvernement Jospin ! Quant aux plans en cours à la Sécu ou à la SNCF, ils ont été préparés par les ministres de « gauche » pour être appliqués par leurs collègues de « droite ».

Ainsi se dessine l’acte II de l’Union sacrée, donnant son véritable contenu à l’appel commun droite-gauche au vote Chirac, le 5 mai dernier : tous unis pour faire passer les plans de l’Europe, du capital financier et des multinationales. Union sacrée qui, pour certains, a vocation d’englober les organisations syndicales. N’a-t-on pas vu, la semaine passée, en plein krach boursier, alors que l’effondrement de France Télécom mettait en évidence le rôle destructeur des fonds de pension, le dénommé Le Duigou, membre de la direction de la CGT, déclarer : « C’est la démonstration que les systèmes d’épargne et de capitalisation ne peuvent venir se substituer aux systèmes de répartition, car ils n’offrent pas de garantie suffisante sur le revenu futur. Cela renforce les exigences de sécurité des placements que le Comité intersyndical de l’épargne salariale a posées ». Autrement dit : un coup de tampon syndical « labellisant » les fonds de pension leur donnerait une légitimité inespérée, permettant de faire passer la pilule amère rejetée par les salariés de notre pays (2) ?

C’est donc bien l’été de tous les dangers. Le Parti des travailleurs dit non à l’Union sacrée. Il appelle toutes et tous à participer aux assemblées d’unité qu’il organise dans tout le pays, en juillet et août, pour aider à forger l’unité des travailleurs et des organisations contre toutes les tentatives de régionalisation-dislocation, pour la défense de l’unité des régimes de Sécurité sociale et de retraite, contre l’épargne salariale, pour les 37,5 annuités pour tous, pour la défense des communes, de la République et des services publics, pour l’interdiction des licenciements.

Daniel Gluckstein

(1) Révision constitutionnelle qui, sans doute, va s’inscrire dans la réforme de l’Europe, qui, dès 2003, doit donner la primauté aux régions, disloquant le cadre des nations. Au passage, Poncelet précise qu’il s’agit aussi de fusionner définitivement communes, agglomérations et intercommunalités forcées.

(2) Et, pendant ce temps, Messier « négocie » son départ, en échange d’une promesse d’impunité. Et, pendant ce temps, les ouvriers d’AZF sont traînés en justice !

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Voilà. J’espère que cette minute de propagande n’aura pas été trop douloureuse…

« Le pire, ce n’est pas la méchanceté des gens mauvais, mais le silence des gens bien », disait Noberto Zongo, le journaliste burkinabé, directeur de L’Indépendant, assassiné en 1998.

Écrasons l’infâme ! Et bon été !

J.Baptiste


  • L’association Survie :
    http://www.globenet.org/survie (possibilité de s’abonner à sa lettre mensuelle Billets d’Afrique et d’ailleurs)

  • « Soutenons Survie » (message du 18 octobre 2000) :
    http://www.autonomie.org/messages/001018.htm
    Un livre a été tiré du premier procès (qui est devenu le procès des liaisons mafieuses de la République française) : F.-X. Verschave et L. Beccaria, Noir procès, éditions les Arènes, Paris, 2001.

  • Pour s’abonner à Pour Lire Pas Lu (PLPL) :
    http://www.homme-moderne.org/plpl/index.html#abonnement

  • Pour s’abonner à Informations ouvrières (3 mois, 12 numéros) : envoyer un chèque de 15,25 euros à l’ordre de « Informations ouvrières » (accompagné d’une feuille « Je m’abonne à Informations ouvrières. 12 numéros : 15,25 euros. Nom, prénom : --- . Adresse : --- ») à l’adresse : Informations ouvrières, 87 rue du Faubourg Saint-Denis, 75 010 Paris.



Dernière mise à jour : 10.07.2002
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