les communiqués d'

 


Ce crime annonçant d'autres crimes


qui se commet presque en silence


Message du 12.12.2002
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Le projet de régionalisation, ainsi que l’entreprise plus générale dont il participe, est un crime. Ce crime n’est pas abstrait. C’est un attentat contre l’égalité des citoyens, donc contre les plus pauvres d’abord, mais aussi contre tous ceux que frappera une dégradation encore accrue de l’accès à l’instruction, ou la privatisation sous une forme ou sous une autre d’EDF-GDF, de la SNCF, des secteurs de la santé… Autant dire que cet attentat touchera, à un titre ou à un autre, l’immense majorité des citoyens. Qui peut dire, alors, que cet attentat n’est pas un crime, et un crime de première ampleur ? Ce type d’attentat tue. Il tue déjà, un peu en France, beaucoup ailleurs. Il tuera encore davantage. Et les mouvements de résistance seront encore plus difficiles, puisque divisés, région par région. Comment ne pas voir tout cela ?

Comment ? C’est très simple : en empêchant le débat sur la régionalisation d’avoir lieu. Sous couvert d’opposition constructive, une large part de la « gauche plurielle », et même de la gauche critique, et la quasi totalité de la presse se tait, ou n’émet que de timides critiques – ne relaie que l’écume du mécontentement qui monte. Cela presse pourtant : tout pourrait être « réglé » fin janvier. Et si le débat a lieu, les procès en « jacobinisme » risquent de se répandre.

C’est pourquoi vous trouverez ci-dessous un texte sur le projet d’« organisation décentralisée de la République ». Nous en partageons l’analyse, et la plume ne nous déplaît pas. Il s’agit de l’éditorial du dernier numéro d’Informations ouvrières (semaine du 4 au 10 décembre 2002), et il est signé par Daniel Gluckstein. Nous en profitons pour vous inviter à vous abonner à cet hebdomadaire de 16 pages, souvent très dense (il est difficile à trouver autrement).

Une observation auparavant : Informations ouvrières est l’hebdomadaire du Parti des travailleurs. Et Autonomie n’entretient aucun lien avec le Parti des travailleurs, n’appelle pas à le rejoindre. Mais, en donnant cet éditorial à lire, et en conseillant la lecture de ce journal, Autonomie n’a pas le sentiment d’enfreindre la règle que nous nous sommes fixée : développer une réflexion et/ou diffuser une information « en amont de la politique des partis ». Au contraire, serais-je tenté de dire : nous recommandons la lecture d’un hebdomadaire qui favorise de fait cette réflexion, qui stimule l’esprit critique, qui va souvent à l’essentiel et donne quantité d’informations, soit inédites, soit noyées dans l’insignifiance ou l’abondance dans la plupart des autres journaux. Il ne nous semble donc pas gênant de recommander cette lecture, même si Informations ouvrières constitue par ailleurs, indéniablement, une forme de vitrine pour le Parti des travailleurs, et une invitation à le rejoindre. De ce point de vue, ajoutons néanmoins que ce parti semble assez particulier, plus soucieux de la cohérence de sa critique que d’une éventuelle course à l’électeur (autrement dit, le risque de propagande, de « bourrage de crâne » nous semble limité dans ce journal, et il semble y avoir de bonnes raisons à cela). Cela aussi mérite quelque attention – désintéressée et vigilante, il va sans dire – à l’heure où ce qu’il reste de presse indépendante s’aperçoit que leurs confrères sont très largement aux mains des deux grands groupes d’armement français, ou bien s’apprêtent à rentrer en Bourse…

Puisque nous en sommes aux lectures, jetez un œil au projet de loi constitutionnelle aussi, puisque cela n’est fait presque nulle part. Il y a des merveilles de sophistique là-dedans, on ne s’en lasse pas. Ah ! par exemple, cette phrase du préambule, cet argument en faveur de la décentralisation, dès le premier paragraphe : « Nos compatriotes constatent que la centralisation n'empêche pas les inégalités et que les disparités territoriales sont grandissantes »… Mais il fallait y penser ! C’est donc que la décentralisation empêchera « les inégalités » et réduira « les disparités territoriales », bien sûr !

Enfin, nous profitons de ce message pour vous signaler – si vous avez pu en manquer l’annonce – une manifestation contre la guerre en Irak, qui aura lieu samedi prochain 14 décembre, à 15 heures, à Paris, au départ de la place de la République. De nombreuses organisations y appellent, et il n’est peut-être pas inutile de se mobiliser avant que la guerre ne débute… d’autant plus qu’une fois commencée, on peut imaginer qu’elle sera l’occasion de faire diversion : de détourner l’attention du projet de régionalisation, par exemple, ou des manifestations pour les retraites…

Bonne lecture, donc.

J.Baptiste pour Autonomie


Le projet de loi constitutionnelle (première lecture, n° 24 rectifié) et les débats à l’assemblée et au sénat :
http://www.assemblee-nationale.fr/12/dossiers/decentralisation.asp
Autonomie vous propose de relever les plus belles perles du projet de loi (ou des discussions), avec un petit commentaire au besoin. Ecrivez-nous : elles seront publiées sur le site.

Le site d’Informations Ouvrières :
http://informations-ouvrieres.presse.fr/
Vous y trouverez un formulaire pour vous abonner.


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C'est la République qu'on démantèle


Insidieusement, quotidiennement et par tous les bouts, on est en train de démanteler la République. Un projet de décret, en apparence anodin (« modifiant le décret 90-170 du 23 février 1990 »), nous apprend que le ministre de l'Education nationale s'appellerait désormais... « ministre chargé de l'Education ». Il n'y aurait plus d'Education nationale ?

C'est bien l'intention du gouvernement. Dans sa lettre aux préfets (lire page 4), Raffarin annonce que l'Etat se réduirait à : la justice, la défense, les anciens combattants, la dépense publique, la fiscalité, les douanes et l'inspection du travail. Tout le reste serait transféré, ici aux régions, là aux intercommunalités... En réalité, privatisé !

Cette régionalisation-destruction anticipe sur la réforme de la Constitution discutée en ce moment même à l'Assemblée nationale. Mais attention : une réforme de la Constitution peut en cacher une autre.

Deux réformes constitutionnelles sont en préparation, étroitement reliées l'une à l'autre : la réforme de la Constitution de la Ve République (en principe adoptée définitivement fin janvier 2003 par le Parlement réuni en Congrès ou par référendum) est une étape pour faire passer la réforme des institutions européennes (en principe fin 2003).

De quoi s'agit-il ?

Hier 3 décembre, Giscard d'Estaing est venu présenter devant l'Assemblée nationale française l'état des travaux de la « Convention sur l'avenir de l'Europe » qu'il préside. Il s'agit, a-t-il expliqué, de remplacer les actuels traités en vigueur (notamment Maastricht et Nice) par une « Constitution européenne unique », qui mettra en place une « Union » fonctionnant « sur le mode fédéral ».

Cette « Union » devrait voir « sa discipline renforcée » en matière économique. Autrement dit : aggravation de la politique de destruction des droits ouvriers et sociaux, de déréglementation et de privatisation.

Cet objectif exige, bien sûr, de pouvoir substituer de prétendus « droits sociaux européens » - aussi vagues que minimalistes - aux droits ouvriers (Code du travail, conventions collectives, statuts, régime de protection sociale), tels qu'ils ont été arrachés, dans chaque pays, par une lutte de classe séculaire. C'est là l'objet majeur de la future Europe, instrument de la lutte acharnée du capital pour « réduire le coût du travail ».

Dans le débat à l'Assemblée nationale, les travaux de la « Convention » de Giscard ont été salués par tous, les intervenants « de gauche » apportant leur touche « sociale » à l'édifice. Au nom du Parti socialiste, Elisabeth Guigou a demandé que « le traité constitutionnel inclue la charte des droits fondamentaux (...), des références claires aux valeurs de justice sociale et de solidarité, aux objectifs de progrès social, de cohésion sociale (...), l'objectif d'un plein emploi de qualité (...), le principe d'un salaire minimum dans chaque Etat membre, la possibilité concrète d'un droit de grève européen ». Un salaire minimum ? Lequel ? Un droit de grève ? Lequel ? Cela passe-t-il par le maintien intégral de toutes les dispositions actuelles du Code du travail et des lois sociales existant en France, et cela à l'identique dans chaque pays ?

Non, bien évidemment. Tout ce verbiage prépare un prétendu « droit social européen », édifié sur les décombres des droits et garanties arrachés par les travailleurs et la lutte de classe dans chaque pays.

Mme Guigou ne s'en cache pas, puisque, après avoir insisté sur la nécessaire « reconnaissance du rôle des partenaires sociaux et du dialogue social », elle plaide pour « les services d'intérêt général », au nom desquels on détruit le service public dans chaque pays (en ce moment même, à EDF-GDF, par exemple). Et Mme Guigou de lancer à Giscard d'Estaing : « Votre tâche, monsieur le Président, est lourde, mais elle est bien engagée. »

Même registre pour Pierre Goldberg, qui, s'exprimant au nom du PCF, déclare ce débat « salutaire » pour contrecarrer « l'essoufflement de la dynamique européenne ». Favorable à l'élargissement de la construction européenne (« un grand projet de civilisation (que) nous soutenons »), il réclame qu'elle ne soit pas « conçue comme une simple extension du grand marché ». Car voyez-vous : « L'Union est un grand marché, mais un nain politique et social. » Pour Goldberg, c'est toute l'importance du « forum social et la manifestation de Florence » que d'avoir traduit « l'insatisfaction légitime des citoyens devant les lacunes de l'action de l'Union en matière sociale ». L'Europe aurait des lacunes en matière sociale ? Les directives européennes détruisent toutes les conquêtes ouvrières et démocratiques, et ce ne serait pas assez ? Goldberg réclame qu'on ne se contente pas « de réécrire les traités actuels », mais qu'on suscite « un fort élan populaire », sans lequel « c'est la légitimité même du traité constitutionnel qui en pâtirait ».

Tandis que l'on prépare ainsi une « Constitution européenne » qui jetterait des centaines de millions de travailleurs et leurs familles dans un monde privé de droits et de garanties, il reste à régler « quelques petits détails ». Parmi ceux-ci, l'édifice qui, en France, garantit l'égalité des droits des citoyens dans la République, et l'ensemble des droits arrachés par la classe ouvrière dans le cadre de la nation.

C'est ici qu'intervient la réforme de la Constitution en France, dont le maître mot est : transfert aux régions et aux collectivités territoriales, « expérimentation », c'est-à-dire déréglementation et destruction de tous les droits.

Et c'est ce qui s'applique concrètement dans l'offensive en cours contre l'école et la Sécurité sociale, les services publics et le Code du travail, ou encore pour « passer en force » sur les retraites, puisque la France reste campée sur son « exception », qui, à ce jour, exclut les fonds de pension.

Tout est donc relié : la défense des droits ouvriers et l'indépendance des organisations, de la démocratie et de la République. Les mouvements de classe qui se développent ces dernières semaines - et en particulier le 26 novembre dernier - sont porteurs de revendications incompatibles avec ces funestes projets.

Ne les laissons pas assassiner la République ! N'y a-t-il pas urgence à forger l'unité de tous, travailleurs, militants, organisations, pour dire : non à la réforme de la Constitution, non à la nouvelle Constitution européenne ! Le Parti des travailleurs s'adresse à toutes et à tous pour, ensemble, s'atteler à ce combat essentiel à la sauvegarde de la démocratie.

Daniel Gluckstein



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Dernière mise à jour : 12.12.2002
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