La collaboration par l'exemple :
Le Monde et le pacifisme
Message du 22.02.2003
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Je ne résiste pas au plaisir de vous citer un éditorial du Monde, dans sa version datée du
samedi 15 février 2003, jour de manif. Il s'intitule « Pacifisme allemand ».
Passage obligé, le papier commence par revenir sur la « manœuvre électorale » de Gerhard
Schröder, qui a « rompu une tradition de quarante ans » ces derniers mois, en ne
s'alignant pas sur la position des Etats-Unis. On se souvient en effet que cette attitude fut
qualifiée à l'époque, dans de nombreux pays, par de nombreux médias, de populiste – parce qu’elle
s’inscrivait dans une démarche électorale. Quand on entend et traduit le désir du peuple que l'on
est censé représenter, aujourd'hui, on est donc démagogue ou populiste. Avant, il me semblait qu'on
n'était même pas démocrate, qu'on faisait simplement son travail. Mais passons.
Le Monde s'inquiète, donc : les élections passées, G. Shröder et J. Fischer n'ont pas
changé de position. « Ils sont en contradiction totale avec leur tuteur d'outre-Atlantique qui
a assuré la sécurité des Allemands de l'Ouest pendant toute la guerre froide », précise-t-il.
Notez bien : ils ne sont pas seulement « en contradiction » avec leur
« tuteur », mais la contradiction est « totale ». En gros, ils font leur crise
d’adolescence. S'ensuivent quelques considérations qu'on me pardonnera de ne pas vraiment résumer
(où l'on rapproche les dirigeants actuels de la génération des années 70 et 80, celle qui refusa
pêle-mêle le Vietnam, l'arme nucléaire et les fusées américaines).
Arrive ainsi la conclusion. Le Monde distingue là « une attitude ambivalente ». D’un
côté, la politique allemande « permet de lever un des obstacles à la mise en œuvre d'une
politique européenne de sécurité et de défense autonome », mais attention, « pour peu que
les Français et les Allemands ne se retrouvent pas seuls » – bref, même quand il espère,
timidement, Le Monde a peur. Puis il distingue un risque plus important encore, d’un autre
côté : que le pacifisme l'emporte en Allemagne, ce pacifisme qu'il définit comme « le refus
systématique d'envisager l'emploi de la force pour régler des conflits ». Comme si le moindre
« pacifiste » était un lâche, un « Munichois », et n’avait pas une position un
peu plus élaborée.
Le Monde est clairvoyant. Le Monde est sage. Il sait que, derrière le refus de la
guerre, se cache un désir infantile de nier la réalité. Mais, quand il aborde les questions
d'éducation, il sait également qu'il faut toujours écouter le désir des élèves, toujours
partir de là, et ne jamais rien leur imposer (c’est la position d’un Meirieu, par exemple, dont
une journaliste du Monde a cosigné le dernier ouvrage). Autrement dit, Le Monde partage
lui-même, exactement, en matière d’éducation, la position délirante qu’il fait mine de combattre en
matière de défense. Voilà le père dont nous avons tous besoin : un père qui aime ses enfants
plus que lui-même, et qui écoute le Père supérieur, la voix de l'Amérique, quand celui-ci nous dit
d'aller tuer les enfants des autres.
Tant pis si Le Monde ne nous aide pas à réfléchir sur les mobiles économiques et politiques
profonds de toute guerre. Tant pis s’il ne nous aide pas à voir que les guerres répondent
avant tout
aux intérêts des riches (surtout quand un Etat ne se contente pas de se défendre, mais qu’il prend
l’initiative d’une agression). Il nous fait la morale, c'est beaucoup mieux. Et puis il sait qu’il
y a des gens favorables en Europe à un « refus systématique d'envisager l'emploi de la force
pour régler des conflits »… Quand on dispose de telles informations, hein, il faut le faire
savoir !
Ainsi, c'est sur un scénario « catastrophe » que s'achève cet éditorial non signé :
« si le pacifisme (...) devait de nouveau l'emporter chez nos amis d'outre-Rhin, la France se
retrouverait bien isolée, avec à l'est une alliée rêvant d'être une grande Suisse et, de l'autre
côté de la Manche, un partenaire ayant conservé la nostalgie du grand large. »
En fait, le problème du Monde, c’est qu’il est « pro-américain », mais qu’il n’ose
pas l’avouer. Et puis, comme le vent tourne, il ne veut pas heurter ses lecteurs. Il n’attaque donc pas le
roi (Chirac), pas plus que l’Empereur (Bush). Il se contente d’attaquer leurs alliés (Blair et
Shröder). C’est bien connu : le roi n’a jamais tort, il est seulement mal conseillé.
Quoi qu’il en soit, voilà le joli portrait de « nos amis d'outre-Rhin », autrement dit
l'Allemagne pacifiste : « une alliée rêvant d'être une grande Suisse ». Joli
retournement : finalement, le pacifisme, c’est ça le vrai truc de riches !
Il faut croire que Le Monde est un journal révolutionnaire.
J.Baptiste
Rappel : un rassemblement est prévu, en cas d’attaque sur l’Irak, le soir même, à 18 heures 30,
place de la Concorde, à Paris (devant l’ambassade des Etats-Unis). Renseignez-vous : il est
probable que quelque chose de similaire ait lieu dans d’autres grandes villes.
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Dernière mise à jour : 22.02.2003
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