Nous sommes tous des Occidentaux
Message du 27.12.2004
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Voulons-nous, oui ou non, d’une guerre de civilisations ?
La question se pose, même en France, au lendemain de la libération des deux journalistes français.
On sait bien que cette idée d’un « choc des civilisations » entre l’Islam et l’Occident,
rendue célèbre par l’Américain Samuel Huntington, ne recouvre aucune réalité – du moins du côté du
monde arabe… Le fait que d’innombrables individus, organisations ou gouvernements de pays musulmans
ont défendu les journalistes français devrait suffire à le prouver (en témoignent également les cibles
des attentats sur le sol irakien, qui touchent aussi bien les relais locaux de l’occupation que les
occupants eux-mêmes). Pourtant, cette idée d’un conflit des civilisations est souvent reprise depuis
le 11 septembre 2001, notamment par l’administration américaine. On voit à qui cela profite :
à tous ceux qui souhaitent couvrir la politique des États-Unis d’un voile pudique et stigmatiser une
résistance somme toute légitime (même s’il y a probablement mieux à faire que de répliquer à la force
armée par une autre forme de violence).
Mais le pire n’est pas là. Le pire, c’est que cette « idée », sans être défendue
ouvertement – la plupart des opinions racistes ne le sont pas – pénètre profondément dans les
esprits. Par petites touches, ce qui n’était qu’un délire pourrait bien finir par devenir réalité.
Aujourd’hui, personne n’est pour l’axe du Bien de G. W. Bush, mais, face aux cruels
preneurs d’otages, on est tous des Occidentaux.
La tranche matinale d’Inter, le mercredi 22 décembre 2004, était éloquente. Dans « Question
directe », Stéphane Paoli signalait deux interprétations possibles de la libération de Christian
Chesnot et de Georges Malbrunot : selon lui, on pouvait considérer que c’était une victoire de la
diplomatie française, de sa position sur l’Irak ; on pouvait aussi considérer que c’était une
stratégie des preneurs d’otages irakiens pour diviser les occidentaux. Et Paoli de développer surtout
la seconde hypothèse, de demander à un universitaire américain, Rachid Khalidi, de choisir entre les
deux – alors qu’il n’y avait pas nécessairement contradiction, comme le signala l’intervenant.
Pourquoi cette alternative ? La servilité des journalistes en vue et autres éditorialistes est
incroyable. Ont-ils peur de fâcher leur direction ? Ont-ils peur de passer pour d’irresponsables
anti-Américains ? Toujours est-il qu’il ne craignent pas de mépriser les Irakiens et de créer
une dynamique pour de futures prises d’otages sanglantes. Diviser les occidentaux, qu’est-ce que cela
veut dire ? Ne le sont-ils pas déjà, superficiellement, entre les États-unis et la France, et,
plus profondément, entre gouvernements et gouvernés ? N’y a-t-il pas les va-t’en-guerre de
toujours et ceux, infiniment plus nombreux, qui ne veulent pas de la guerre (même si les armées
elles-mêmes sont remplies d’hommes qui aimeraient bien ne pas avoir à tuer…) ? Diviser les
occidentaux, qu’est-ce que cela veut dire, sinon qu’on dénie aux Irakiens – mais pas aux
Américains – le droit d’être en guerre et de se chercher, sinon des alliés, du moins un adversaire
le plus isolé possible ?
Diviser les occidentaux, voilà donc, malgré les airs innocents d’une telle expression, une
belle saloperie. Voilà qui témoigne du degré de servilité dont sont capables les grands médias.
À peine les otages sont-ils libérés que les chiens de garde aboient, non pas contre les maîtres qui
viennent de leur donner du mou dans la laisse, mais contre les animaux qu’on leur montre du doigt –
même s’il s’agit d’une autre espèce de chiens de garde, un peu plus agressive, ou à cause de cela
peut-être.
Et la revue de presse d’Yves Decaens, le même mercredi 22 décembre, de confirmer ce début de campagne
médiatique. Libérer les otages
à la veille de Noël serait d’un goût douteux – on voit mal pourquoi. Cet acte serait une forme de
manipulation de la part des ravisseurs – aurait-on préféré qu’on les tuât ? Et j’en passe,
même si tout, heureusement, n’était pas du même tonneau.
On l’aura compris, ce n’est pas que j’ai un goût prononcé pour les preneurs d’otages. Mais que
veulent ces voix dans le poste, quand elles invitent les Occidentaux à s’unir ? Une
seule chose, qu’elles en aient conscience ou non : une guerre de civilisation. Un tel impératif,
rester groupés, n’a pas d’autre signification : il y a nous et eux. C’est la seule
réalité qui vaille.
Et dire qu’on se vantait, en France, il y a trois ans, de préférer la recherche des causes du
terrorisme à une riposte aveugle… de chercher à comprendre… pour tarir la source des violences…
J.Baptiste
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Dernière mise à jour : 27.12.2004
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