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Démogagie

Sur la question du vote

Message du 14.02.2005
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D’abord, c’est toujours instructif, les lapsus. Lundi dernier, le 7 février 2005, vers 07 heures 55, J.-P. Raffarin en a fait un formidable, sur France Inter. Voulant dire qu’il ne croyait pas à je ne sais quelle démagogie, il a dit : « Je ne crois pas à la démo…gagie ». Il ne s’est pas interrompu, ni repris, comme on l’apprend en effet aux gens qui-savent-communiquer. Il a continué sur son élan, avec un beau naturel : « Je ne crois pas à la démogagie. »

Peut-on mieux dire ? Nos gouvernants ne croient pas à la démocratie, cette démogabegie probablement.

La petite intervention de Raffarin avait un autre mérite. Il a développé, précisément, sa conception de la démocratie : « Je ne méprise pas, évidemment, les manifestations, mais je demande aux leaders syndicaux de ne pas mépriser le Parlement. Nous sommes dans une démocratie où l'Assemblée nationale, le Sénat votent la loi. Le débat est ouvert, le débat se poursuit selon le calendrier prévu ».

Tous les médias ont repris ce passage. Et pour cause : ce n’est rien d’autre qu’une explication de son fameux « Ce n’est pas la rue qui gouverne » de 2003, avec, toujours, l’apparence d’un certain bon sens – et toujours un souverain mépris, joliment dosé.

Je ne compte pas commenter cela. Je tiens seulement à en tirer argument pour le débat sur « l’utilité » du vote. C’est un débat qu’il faudra probablement poursuivre, à Autonomie, ne serait-ce qu’en raison des réactions qu’a suscitées un message assez récent, intitulé Pourquoi il est inutile et même nuisible de voter. Le sujet est sensible, visiblement. Il faut dire, on ne cesse de nous marteler que ne pas voter peut provoquer des présidents graves, sans trop insister sur le fait que voter aussi.

Donc, Raffarin oppose la légitimité parlementaire aux contestations de rue.

Ne faut-il pas rappeler, alors, que ça sert aussi à ça de voter ? C'est parce qu'on participe au petit jeu électoral, qui connaît des millions de participants mais quelques très rares gagnants, que le pouvoir peut dire : vous étiez des centaines de milliers dans la rue, certes ; mais moi, j’ai été élu par des millions.

Bien sûr, on peut toujours dire qu’on n’a pas de chance avec ce Premier ministre-là. Reste qu’on le choisit rarement, « notre » Premier ministrateur. Et on ne sait jamais à l’avance s’il ne pensera pas ce genre de saloperies-là. On peut même être sûr qu’il les pensera ; seulement, il évitera de les dire, s’il est « de gauche », ou plus largement s’il ne s’est pas fixé comme objectif de mettre définitivement K.O. le mouvement social, comme jadis Thatcher et aujourd’hui Raffarin.

Pourtant, qu’on ne veuille ou non, c’est bel et bien un argument qu’a présenté notre ami : si des millions de Français vont voter, plutôt que mettre à bas l’imposture de la démocratie représentative, c’est qu’ils pensent que ce n’est pas complètement inutile de voter, qu’ils se croient, ne serait-ce qu’un tout petit peu, représentés, c’est qu’ils acceptent, « faute de mieux », le mécanisme du « moindre mal ». Aussi un Premier ministre, issu du Parlement et choisi par le Président, dispose-t-il d’une vraie légitimité, peut-être incomplète, d’accord, mais opposable valablement à quelques centaines de milliers de manifestants.

La démocratie, actuellement, c’est donc ça : attendre des années avant de pouvoir « s’exprimer », en cochant dans les bonnes cases. Comme si on ne pouvait pas, par exemple, déléguer des élus pour une durée assez courte, avec des compétences limitées au strict nécessaire, et les révoquer au moindre faux-pas – faux-pas qui ne manquent pas d’arriver précisément quand il n’existe pas, entre autres, cette menace qui plane sur eux. Ça s’est déjà fait, ça, le mandat révocable à tout instant, mais qui s’en souvient ?

J.Baptiste


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Dernière mise à jour : 06.04.2005
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